Categorie: Franstalige Pers

Tournai, capitale belge de l’Unicef en 2013-2014.

TOURNAI – En raison notamment de son investissement pour les enfants de Haïti en 2010, Tournai a été désignée comme «ville de solidarité Unicef 2013-2014».

 

Ambassadrice de l’Unicef au même titre que Justine Henin, Axel Red pourrait bientôt venir à Tournai.
Ambassadrice de l’Unicef au même titre que Justine Henin, Axel Red pourrait bientôt venir à Tournai.

 «Après la ville flamande de Saint-Nicolas, Tournai vient d’être désignée par Unicef Belgique ville de solidarité Unicef 2013-2014. Deux axes définiront notre programme d’actions: la sensibilisation de la population aux droits de l’enfant et la collecte de fonds pour réaliser ses missions sur le terrain.»

Tel est l’essentiel d’une lettre envoyée fin juillet, par la Ville de Tournai, à quelque 300 associations, entreprises, institutions et services-clubs locaux, auxquels il est demandé de participer à ce projet. Celui-ci débutera en septembre et se clôturera le 20 novembre 2014, quand on fêtera le 25e anniversaire de la Convention des Nations-Unies des droits de l’enfant.

Nous avons rencontré Christophe Lison, chargé de la coordination du projet.

Comment devient-on « ville de solidarité Unicef » ?

Depuis deux ans, Unicef Belgique approche les villes moyennes en leur demandant de poser leur candidature. En 2012-2013, on s’était adressé aux communes flamandes et c’est Sint-Niklaas qui avait été désignée. Pour 2013-2014, on a contacté des villes wallonnes et c’est Tournai qui a été choisie. Unicef Belgique avait apprécié notre initiative de 2010, quand nous avions organisé un Festival Haïti «Tous en cœur», qui avait rapporté 13 000 €, dont 50 % avaient été attribués à l’Unicef. Nous avons aussi été questionnés sur notre investissement en matière de coopération au développement et de droits des enfants. Nous avons expliqué que nous organisons une Semaine de la solidarité internationale et que, dans le cadre de notre jumelage avec Bethléem, selon le vœu des associations membres de la commission communale de solidarité internationale, il a été décidé d’aider les enfants et les personnes handicapées de Palestine, pendant six ans, la Ville apportant une somme de 15 000 € chaque année.

Avez-vous déjà une idée de ce que vous allez faire d’ici fin 2014 ?

Nous attendons les réponses aux courriers que nous avons envoyés fin juillet pour élaborer un programme. Les fanfares de Templeuve et d’Esplechin, qui s’étaient mobilisées pour Haïti, nous ont déjà fait savoir qu’elles proposaient d’attribuer à Unicef Belgique les bénéfices d’un concert de musiques militaires grand-ducales qui sera organisé en avril 2014 à l’église de Templeuve. Pour le reste, les idées ne manquent pas: sensibilisation dans les écoles, caravane dans les villages pour encourager les parrainages d’enfants, soirée entreprises avec le spationaute belge Frank De Winne, augmenter de 50 cents le prix d’entrée dans nos musées au profit de l’Unicef, proposer à nos écoles artistiques de réaliser des œuvres et de les vendre aux enchères, présence de stands Unicef dans toutes nos grandes manifestations, marché de Noël alternatif, présence de Justine Henin – ambassadrice Unicef – dans l’un de nos clubs de tennis etc.

Savez-vous déjà à quoi serviront les fonds récoltés sur Tournai ?

La Ville va devoir choisir un pays où seront envoyés les fonds. Ce sera sans doute le Congo, sachant que la Province du Hainaut et la mutualité chrétienne s’investissent déjà au Sud-Kivu, et que nous ne voulons pas nous éparpiller. En 2012-2013, Sint-Niklaas avait récolté 120 000 €.

L’avenir, François descy

Où se cache l’Obama belge?

Alors qu’émergent de plus en plus d’élus d’origines italienne, marocaine et turque, les Noirs demeurent largement absents de la scène politique belge. Voici pourquoi.

Samedi 8 novembre, vers 17 heures, quatre jours après la victoire de Barack Obama à la présidentielle américaine. Deux jeunes Blacks, démarche souple et look « total hip-hop », entrent dans une librairie proche de la Bourse, au centre de Bruxelles. Ils se dirigent droit vers le comptoir : « Vous avez des livres d’Obama ? » « Pas encore », leur répond-on. La déception se lit sur le visage des deux gaillards, qui repartent aussitôt.

Au cours de sa campagne, Obama n’a jamais utilisé sa couleur de peau comme étendard. Il situe son projet politique, dit-il, dans une Amérique postraciale. D’ailleurs, lui-même est métis. Qu’il le veuille ou non, son triomphe déclenche en tout cas un énorme soulagement et un espoir immense, démesuré, auprès de tous les Noirs, qu’ils vivent aux Etats-Unis ou ailleurs.

Et chez les Belges d’origine africaine, l’impatience augmente d’un cran : à quand un Obama belge ? Selon un récent sondage de La Dernière Heure , 85 % des Belges se disent prêts à accepter un Premier ministre de couleur. Tout va bien, alors ? Pas pour Bonaventure Kagné, directeur du Centre d’études des migrations subsahariennes, situé à Liège. « Ces dernières années, on a constaté une volonté du monde politique d’inclure les communautés immigrées les plus anciennes : Italiens, Espagnols, Marocains, Turcs… Vaille que vaille, cela commence à porter ses fruits. Mais, assez curieusement, rien de tel concernant les populations issues de l’Afrique subsaharienne. » Un certain nombre de personnalités politiques issues de l’immigration ont émergé, surtout au parti socialiste : Elio Di Rupo, Marie Arena, Emir Kir, Fadila Laanan, Julie Fernandez-Fernandez… Toutefois, on cherche en vain un « Obama belge », malgré la nomination, en 2004, de l’éphémère Gisèle Mandaila (FDF) comme secrétaire d’Etat aux Familles et aux Personnes handicapées. « Son bilan politique, c’est autre chose… Pourtant, sa nomination constitue en soi un fait politique majeur, souligne Bonaventure Kagné. Quatre ans plus tôt, l’entrée au gouvernement fédéral d’une personne d’origine africaine paraissait inimaginable. »

Un temps, on a cru que le premier Noir à percer en politique belge serait un écologiste, né à Bukavu, installé dans le Borinage : Bob Kabamba. Prononcez son prénom et son nom, puis enlevez puis enlevez le premier « b », le « k », un deuxième « b », un « a », encore un « b »… et vous obtenez : Obama. Un signe ? Retour en arrière : en novembre 2002, lors d’une assemblée générale d’Ecolo, les militants lui accordent la deuxième place pour la liste du Sénat, au nez et à la barbe de Philippe Henry et de Josy Dubié. En principe, Kabamba est sûr d’être élu. Six mois plus tard, la débâcle des verts aux législatives le forcera à déchanter : le parti ne sauve qu’un seul siège au Sénat, celui d’Isabelle Durant.

Aujourd’hui président du CPAS à Dour, Bob Kabamba n’y va pas par quatre chemins : pour lui, un Premier ministre noir relève de l’utopie. « Je serai mort depuis longtemps quand ça arrivera. Pour que ce soit possible, il faudrait quelqu’un d’aussi exceptionnel qu’Obama, mais il devra également surmonter deux fois plus de difficultés que lui. Il devrait militer dans un parti politique puissant, si possible flamand, et contrôler ensuite l’appareil de ce parti. Seule une personnalité bien ancrée dans la culture flamande, un autonomiste par exemple, serait capable de réaliser un tel exploit. »

En fait, il a fallu attendre 2007 pour voir enfin un Noir (une Noire, plutôt) siéger au Parlement fédéral : Joëlle Kapompolé. A la fois d’origine congolaise et rwandaise, arrivée en Belgique à l’âge de 2 ans, cette socialiste montoise se considère elle-même comme une « bounty » : blanche à l’intérieur, noire à l’extérieur. « Je suis ancrée dans la société belge. Je ne ressens pas de blessure causée par ma condition noire, comme Aimé Césaire. OK, nous avons une identité noire, elle fait partie de nous, mais elle ne doit pas nous définir. » L’accession d’un Noir à la Maison-Blanche, admet-elle, l’a pourtant bouleversée. « Lorsque mon mari m’a appelée à 5 heures du matin pour m’annoncer qu’Obama avait gagné, j’ai eu les larmes aux yeux. J’ai été surprise par ce torrent d’émotion. Cela a touché quelque chose au plus profond de moi, qui me dépasse un peu. Parce qu’Obama a réussi, tout un poids a été évacué d’un coup : un boulet lié aux difficultés vécues par les Noirs, l’esclavage aux Etats-Unis mais aussi le colonialisme. »

La victoire d’Obama l’occulte, mais son cas n’est pas isolé aux Etats-Unis. La Chambre des représentants compte 42 Noirs sur un total de 440 membres. Chez nous, par contre, ce « terreau » demeure pour le moins restreint. Outre la sénatrice Joëlle Kapompolé, également députée wallonne, les députés bruxellois Béa Diallo (PS) et Bertin Mampaka (CDH) sont les seuls parlementaires originaires d’Afrique subsaharienne. La Belgique ne compte par ailleurs que six échevins noirs : Mampaka à Bruxelles, Diallo à Ixelles, ainsi que Pierre Kompany (PS) à Ganshoren, Christian Ngongang (CDH) à Marche-en-Famenne, Denis Liselele (PS) à Sambreville, et Wouter Van Bellingen (Spirit) à Saint-Nicolas. « Aux Etats-Unis, l’organisation de primaires pour désigner les candidats à la présidence a favorisé l’élection d’un Noir, souligne ce dernier. Obama a gagné parce qu’il a réussi à mobiliser les militants de base, alors que l’appareil du Parti démocrate soutenait plutôt Hillary Clinton. En Belgique, la structure des partis est beaucoup plus cadenassée et plus conservatrice, ce qui complique encore l’émergence d’un candidat “différent”. »

François Brabant, Le Vif L’Express

 

Haïr la haine

Les 1 252 personnes mariées symboliquement le 21 mars dernier par l’échevin Wouter Van Bellingen, à Saint-Nicolas, ont toutes bien compris que c’est bien le même sang que le nôtre qui coule dans les veines de cet homme de race noire. Ils ont, par leur « ja » spectaculaire et collectif, crié « non » au rejet de l’autre, « non » à la peur de la différence, « non » à la bêtise. Il est souhaitable que nous nous interrogions à propos des préjugés que nous véhiculons tous à des degrés divers. Apprenons aussi à nos enfants à haïr la haine, à tourner le dos à l’indifférence, à ne pas se plier à la tyrannie de l’émotion et de la peur. Sans angélisme, apprenons-leur que, dans notre pays, on peut être belge et noir, musulman et tolérant, arabe et athée, flamand et généreux, juif et pacifique, wallon et courageux, chrétien et moderne, étranger et intégré, handicapé et formidablement riche d’humanité. Apprenons-leur la beauté d’être métis dans la variété (…).

PB, Le Vif L’Express

Dewinter invite l’échevin noir Wouter Van Bellingen

Le député flamand Vlaams Belang Filip Dewinter a l’intention de déposer une couronne devant la statue d’Amedee Verbruggen, figure du Mouvement flamand, le 1er mai à Bazel. Et il convié à cet hommage le petit-neveu de ce dernier, l’échevin noir de Saint-Nicolas, Wouter Van Bellingen, rapporte jeudi “Gazet van Antwerpen” !

Amedee Verbruggen (1886-1980), soldat sur le front de la Première Guerre mondiale, fut une des figures importantes du Mouvement flamand en raison de son engagement social. “Mon invitation ne constitue pas une provocation à l’adresse de Van Bellingen. Je l’invite pour déposer avec moi des fleurs au pied de la statue de son grand-oncle”, a affirmé Filip Dewinter. L’échevin de l’état civil ne donnera pas suite à la proposition du Vlaams Belang. “Utiliser mon grand-oncle à des fins politiques reviendrait à lui manquer de respect. Il est un trop beau symbole pour cela”, a-t-il déclaré.

NLE, Belga

L’échevin noir et les mariés de Saint-Nicolas.

Cela restera un temps fort de la Journée internationale contre le racisme. Le 21 mars, sur la grand-place de Saint-Nicolas, en Flandre orientale, quelque 700 couples ont participé à la plus grande noce jamais orchestrée en Belgique, formulant ou renouvelant leur serment de mariage, devant Wouter Van Bellingen (Spirit), premier échevin d’origine africaine désigné en Flandre. Une cérémonie à haute valeur symbolique. En février dernier, Van Bellingen avait fait la Une des journaux : trois couples avaient refusé qu’il célèbre leur union, en raison de la couleur de sa peau. Ce mercredi, les néerlandophones ont voulu casser cette image d’une Flandre raciste.

Cette initiative pleine de bons sentiments ne parvient toutefois pas à dissiper un certain malaise : la xénophobie est en hausse. Un comble en cette Année européenne de l’égalité des chances pour tous. En 1997, une première Année européenne contre le racisme avait déjà été organisée. C’était un an après l’affaire Dutroux et la Marche blanche. A l’époque, tout le monde avait en mémoire la mort tragique de Loubna Benaïssa, assassinée à Bruxelles, à l’âge de 9 ans. On avait alors dit, peut-être un peu vite, que ce drame avait eu un effet rassembleur, qu’il avait favorisé l’intégration des musulmans dans la société belge. Comme la catastrophe minière du Bois du Cazier, à Marcinelle, en 1956, avait mieux fait accepter la communauté italienne immigrée en Belgique.

Las. Le 13 février dernier, l’Année européenne de l’égalité des chances a été lancée, à Bruxelles, dans l’indifférence quasi générale. Pour l’occasion, un Eurobaromètre sur les discriminations a pourtant été rendu public. Verdict ? Nos compatriotes se sentent davantage mal à l’aise avec les étrangers que l’Européen moyen. Trois Belges sur quatre considèrent comme un handicap le fait d’être d’une origine ethnique différente, contre seulement trois Européens sur cinq. Ne pas avoir la même religion que la majeure partie de la population pose également davantage problème aux Belges (50 %) qu’aux autres Européens (39 %). Le plus inquiétant ? Une franche majorité de nos concitoyens (67 %) affirment que les discriminations ethniques sont plus fréquentes aujourd’hui qu’il y a cinq ans, alors qu’une minorité seulement des Européens (49 %) le pensent. De même, les discriminations religieuses auraient aussi progressé en cinq ans, pour 58 % des Belges interrogés, contre 42 % à l’échelle européenne.

Et pour cause : selon le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, des tabous tombent. Certains Belges éprouveraient de moins en moins de difficultés à s’avouer clairement racistes. Mais ils se feraient aussi plus régulièrement traiter de « sales Belges ».

A cause d’un nombre envahissant d’immigrants ? Voire. Au 1er juillet 2006, la Belgique comptait 911 258 personnes étrangères, soit 8,6 % de la population. Leur part a crû de 1960 jusqu’au début des années 1980. Depuis, elle a plutôt tendance à régresser ou à stagner, car beaucoup d’immigrés ont adopté la nationalité belge. Pendant longtemps, la Belgique francophone a pu se targuer d’accueillir proportionnellement beaucoup plus d’étrangers que la Flandre, sans avoir fait le lit d’un vote important d’extrême droite. Actuellement, Bruxelles dénombre 27,1 % d’étrangers, pour 9,1 % en Wallonie. Mais, désormais, c’est la Flandre prospère qui enregistre l’afflux le plus massif d’immigrés (une augmentation de 5,7 % l’an dernier, contre 1,4 % en Wallonie). Au total, la Flandre ne compte néanmoins que 5,3 % d’étrangers. Elle n’a donc pas encore comblé son retard. Mais peut-être cela ne tardera-t-il pas.

Car il ne faut pas se bercer d’illusions : une société refermée sur elle-même n’est plus concevable. Ni souhaitable. L’Europe s’élargit. Et doit faire face aux nouveaux défis de la diversité des cultures, des croyances et des modes de vie. C’est une question de dignité humaine. Mais des arguments socio-économiques incitent aussi à lutter contre les discriminations. Pourra-t-on persister à exclure autant de gens du marché du travail ? La population belge vieillit, la natalité décline et le nombre d’actifs se réduit. Pendant ce temps, le taux de chômage des diplômés universitaires de nationalité turque ou marocaine est supérieur de 30 % à la moyenne nationale. Quel gâchis !

DDK© 2007 Le Vif L’Express